Accueil » on air

La princesse et le super héros

1 septembre 2009 Aucun commentaire

blancheneige

Bon. Walt Disney rachète Marvel Entertainment. La transaction coûte 4 milliards de dollars, 5000 personnages sont concernés, l’opération valorise Marvel de 37 fois son chiffre d’affaire, l’action Marvel a bondit de 25%, Stan Lee a 86 ans, mais cessons un peu de parler chiffres.

Un mariage aussi atypique mérite qu’on s’attarde un peu sur les incidences scénaristiques qu’il pourra avoir ; on ne peut en effet pas vraiment dire que les deux studios partagent le même imaginaire…

Pour commencer, les longs métrages Disney – néanmoins fort plaisants pour la plupart, n’allez pas m’accuser de pourrir celui qui a tant bercé mon enfance -, répondent à un schéma pour le moins simpliste : l’ensemble des péripéties vécues par des personnages tous plus attachants les uns que les autres  ne mènent finalement qu’à un unique happy end :

1. La victoire sur le méchant

2. La formation d’un couple hétérosexuel (prince+princesse, robot+robote, souris mâle+souris femelle) et la perspective de fonder une gentille petite famille nucléaire et/ou la naissance d’une merveilleuse amitié qui se joue des différences. De quoi esbaudir la princesse romantique, hypersensible et même un peu pathétique qui sommeille en toute personne dépourvue de chromosome Y.

Quant aux héros de l’univers Marvel, bien moins lisses que ceux de Disney, ils sont tous construits sur la base d’une dualité de la personnalité. Un peu à la façon de Miley Stewart, étudiante le jour, qui se transforme en Hannah Montana le soir, mais en un chouilla plus groovy, chaque personnage de Marvel a pour spécificité d’être alternativement un gentil boulet à la ville et un super bad ass vengeur qui tue les super méchants dès qu’il a enfilé son super costume (super ringard, en super général).

S’agissant du happy end, c’est encore plus simple : y en a pas. Sinon, pas de suite, plus de comics, plus de Marvel. L’univers Marvel, bien plus proche de notre réalité, consiste en un combat permanent contre les « vilains » et en une conquête continue mais jamais vraiment satisfaite de l’amuuur.

Une fois de plus, les humains mâles (par et pour qui sont imaginés ces personnages) font preuve d’un terre à terrisme largement supérieur à celui de leurs congénères esbaudies. Bon, OK, dans la vraie vie, on n’a pas de super pouvoirs. Mais on peut imaginer que ceux-ci ne sont finalement qu’une métaphore de la privation de liberté dont pâtit l’homme moderne depuis ce triste jour où un nase a abrogé le code d’Hammurabi.

Quoi qu’il en soit, la vie, c’est ça : faut se battre, niquer le concurrent (du nom de la déesse grecque de la victoire, Niké, cela va sans dire), séduire la meuf (qui, non, ne tombera pas toute cuite dans les bras du garçon s’il se contente d’entonner un « mooon naaamouuur, je t’ai vue au beauuu milieuuu d’un rêêêve ! »), défendre ses acquis sociaux, comment ça, « je m’éloigne »?

On pourrait alors légitimement craindre de voir cet univers s’aseptiser au contact de la gentille guimauve Disney, s’il ne s’était pas déjà quelque peu lissifié à l’occasion des différentes exploitations ciné des personnages des comics. Ceux-ci ont en effet perdu de leur relief et de leur verve lorsqu’il a fallu les rendre accessibles au plus grand nombre ; ainsi, peut-être à l’exception de Iron Man, les super héros se sont parfois vu réduits à des personnages follement romantiques torturés par des questions d’identité.

Il ne faudrait cependant pas oublier que la caution Disney reste souvent un gage de qualité, et même si les longs-métrages en prise de vue réelle produits par les studios Diney ont pris le parti de plaire à une large cible « famille » et laissent du coup quelque peu sur sa faim (Pirates de Caraïbes, Le Monde de Narnia, High School Music Hall…), leur partenariat avec les studios Pixar a donné naissance à de véritables chef-d’œuvres du cinéma d’animation (Ratatouille, Wall-E, Là-haut…).

Finalement, au delà de l’hypothétique compatibilité entre l’univers de Disney et celui de Marvel, la véritable question est : Disney va-t-il plutôt faire bénéficier les personnages Marvel de son savoir faire ou de son savoir vendre ?

Par Amandine

Laissez votre message !

Rédigez votre message ci-dessous ou créez un rétrolien depuis votre propre site web. Vous pouvez aussi suivre les réponses via le flux RSS.