Go to Hell
Un geek au début ça lit des livres ou ça joue à des jeux. Et quand le geek n’a pas envie de perdre son temps, il joue à des livres. Mais pour adapter comme il se doit une oeuvre majeure du répertoire littéraire classique il y a des règles. Tout d’abord ce livre doit raconter une histoire (c’est pourquoi nous n’aurons jamais la chance de jouer à une adaptation d’un gagnant du prix Goncourt). Si possible, cette histoire doit être épique ou tout du moins potentiellement épique. Après quoi, tout va très vite : on transforme le personnage principal en badass mother fucker, armé jusqu’aux oreilles, on rajoute des zombies et voila, c’est parti !
Voici donc, après Alice (ou quand Alice retourne au pays des merveilles, armée jusqu’aux dents, pour venger la mort de ses parents), God of War (ou quand Kratos se rend sur le mont Olympe, armé jusqu’au nez, pour venger la mort de sa famille), Bioshock (ou quand un type explore l’Atlantide, armé jusqu’aux yeux, pour venger personne) et The Path (ou quand le petit chaperon rouge se balade, armé jusqu’au chaperon, dans une forêt pleine d’arbres et de dangers), voici Dante’s Inferno, ou l’histoire d’un type qui descend en enfer, armé jusqu’aux cheveux, pour casser des monstres ET sauver sa femme (subtilité scénaristique), enlevée par Lucifer himself.
En terme d’adaptation, il y a deux écoles : ceux qui considèrent qu’une oeuvre ne doit pas être dénaturée dans un but commercial, comme le font de trop nombreux petits malins qui jouent sur la qualité primaire du produit pour vendre sans aucun apport créatif de qualité (vous l’aurez reconnu, je voulais bien sûr parler de Mozart, l’Opéra Rock), et ceux qui réutilisent la base scénaristique ou conceptuelle pour créer un produit original parfaitement adapté au média et qui ainsi transmettent après actualisation l’essence culturelle de l’oeuvre. Le dilemme n’est pas tellement de savoir s’il est bien ou pas de dénaturer une oeuvre, mais plutôt « est-il nécessaire de mettre à jour pour transmettre ? », et j’en arrive à la question tant redoutée, qui a lu La Divine Comédie ?
Cela me rappelle une anecdote inspirée de faits réels, tout à fait pertinente, qui vous fera cogiter quelques instants :
Il y a quelques années de ça, un jeune lycéen chevelu se présente à l’oral du bac de français. Le sujet : « Baroque dans la littérature ». Cet étudiant ne savait alors qu’une seule chose sur le baroque : « Il y a des fantômes dedans et des statues qui parlent ». C’est intéressant, mais un peu léger pour tenir 20 minutes. L’étudiant lit le texte et commence à discuter avec l’enseignant. Au bout d’un moment la question cruciale tombe : « avez-vous lu Hamlet ? ». Bien évidemment, l’étudiant ne l’a pas lu : « oui, Monsieur, je l’ai lu… »- »Qu’y a t’il de baroque dans cette oeuvre ? »- »Le père, mort, apparaît en fantôme et demande à son fils de le venger Monsieur… »- »Très bien ! Rares sont les étudiants qui ont lu Shakespeare… C’est vraiment très bien. » L’étudiant s’en est tiré avec un 18. Alors comment a-t-il su ? Et bien il avait vu l’épisode 14 de la saison 13 des Simpsons.
Pour en revenir au principe d’adaptation, cette attitude vis à vis de la culture est semblable à celle que nous avons développée vis à vis de notre environnement : une espèce de développement durable culturel si vous préférez. Imaginez que rien ne soit réadapté et que toutes les sorties livres, films, jeux vidéos, soient des oeuvres totalement originales. Nous croulerions sous les déchets. Comment comparerions nous les oeuvres entre elles ? Les standards sont des unités de mesure de la création et réadapter permet de conserver cette base culturelle et de s’en servir pour créer par dessus, et non à la place. Réadapter c’est rappeler à tout le monde : « daddy’s home ».
De plus, sans réadaptations, seule « l’élite intellectuelle », connaitrait et entretiendrait les grands classiques, les grandes pensées et les grandes histoires. Réadapter, c’est aussi populariser et populariser c’est partager.
Julien









Article plutôt pas mal, bien écrit comme d’habitude.
Mais j’ai l’impression que tu ne fais qu’une critique de surface du jeu, à quand la critique total (game play, graphisme, toussa quoi :) ?
Merci Tom !
Ce n’est pas vraiment une critique du jeu en tant que jeu, mais plutôt une réflexion sur la démarche qui a mené à la création du jeu.
Je ferais volontier une critique du jeu, mais encore faudrait-il que j’ai l’occasion d’y jouer ! Ou si quelqu’un l’a essayé, il pourrait peut-être nous en parler ?
Hé bien moi je l’ai essayé (mais seulement la version d’essai, donc un infime pourcentage du jeu complet.) Et j’ai beaucoup apprécié y jouer, à vrai dire la démo n’offre pratiquement que des cinématiques, et on a à peine le temps de tuer trois squelettes et un mini-boss qu’on est déjà devant la porte des Enfers. Bref, en tout cas, ça m’a donné l’eau à la bouche. Bon, d’accord, ça n’a rien de bien différent de tous ces jeux où on fracasse des monstres, armé jusqu’aux yeux (armé d’une faux, quand même, ça c’est classe) et l’originalité est peut-être plus à chercher du côté des paysages infernaux, qui impressionnent particulièrement.
Bon, comme je dois me limiter à la démo, je n’ai rien dit de fascinant, mais bon, pour une fois que je participe.
Concernant ton article, Ju, je suis assez d’accord avec tout ce que tu dis à propos des adaptations. Je dirais même que pour ce genre d’oeuvres ayant inspiré plus d’un écrivain (et peut-être scénariste ? j’avoue que là je sèche) une adaptation en jeu est vraiment la bienvenue : pour ceux qui ne connaissent pas la Divine Comédie, ça marchera toujours parce que c’est bien fait, bien bourrin et que le bourrin c’est passe partout ; pour ceux qui connaissent, ça rend fier, ça donne l’impression d’être instruit et de voir le sujet d’un autre oeil. (… bon, ok moi non plus je ne l’ai pas lue, mais j’essaie !)
Bref, bon article !
Comment passer de l’article de geek à la réflexion : pas trop mal ! :D
Voire même plutôt pas mal !
Je dois avouer n’avoir pas trouver la citation très pertinente mais bon, on comprend ce que tu veux dire, mais je pense qu’il y a quand même une grande différence entre adapter et citer.
Adapter un classique dans un genre plus moderne, c’est peut-être bien le populariser, mais c’est aussi courir le risque de transformer, déformer le message initial, et c’est pas bon ! Peut-être bien qu’il n’y a qu’une élite de la population qui puisse « comprendre » les classiques tels qu’ils sont, est-ce que ça ne veut justement pas dire que les autres ne sont pas « aptes » à les comprendre ? ou qu’ils ne feront pas l’effort nécessaire pour les comprendre ? C’est un peu détruire une grande oeuvre que de la populariser, par contre, c’est plutôt élogieux que de lui faire référence dans une autre oeuvre !
Je pense que mieux que d’adapter, il faut faire référence et s’inspirer, après c’est un point de vue…
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