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Avatar n’est finalement qu’une bergerie

16 février 2010 5 commentaires

avatar

A l’heure où j’écris ces lignes, 254 personnes se sont senti le besoin de montrer  qu’elles possèdent le privilège de pouvoir encore adhérer au groupe Facebook « je n’ai pas vu : Avatar ».

Ceci n’est hélas plus le cas de votre serviteur (y a un féminin, à ça?) qui considère qu’il est indispensable, pour quelqu’un qui se targue de tenir un webzine traitant de la pop culture, d’avoir un avis sur LE film du siècle, du millénaire, que dis-je, de l’ensemble de la période qui débuta le jour où Eadweard Muybridge trouva un moyen ingénieux d’analyser le mouvement des pattes d’un cheval au galop, et qui terminera le jour ou Cameron aura à nouveau fait joujou quelques années avec une quelconque technologie révolutionnaire.

Armée de lunettes 3D et de ma mauvaise foi, j’ai donc pris la douloureuse décision d’aller confronter mes a priori à l’objet de mon pré-mépris, espérant secrètement qu’il allait simplement se changer en un post-mépris.

Malheureusement, après une heure trente à maugréer dans ma tête et à imaginer des formules lapidaires résumant le film de la manière la plus grinçante qui soit, je dois l’avouer : je me suis prise au jeu. James Cameron m’a tuer, 3D m’a tuer, instincts primaires m’a tuer. J’ai aimé Avatar. La question qui compte, finalement, c’est pourquoi? Grâce à un scénario d’une intelligence rare? A une réalisation époustouflante? A des effets spéciaux extraordinaires? Rien de tout ça. Sans prétendre pour autant qu’Avatar ne réunit pas un peu de tous ces ingrédients, je pense que la vérité est ailleurs. (Oui c’est bon on y a tous pensé)

Mais laissez moi vous raconter tout depuis le début. Dans l’avant propos à son roman François le Champi, publié en 1850 (aucun des frères Lumière n’était encore né, c’est dire), George Sand écrit :

« J’ai vu et j’ai senti [...] que la vie primitive était le rêve, l’idéal de tous les hommes et de tous les temps. [...] La vie pastorale est un Eden parfumé où les âmes tourmentées et lassées du tumulte du monde ont essayé de se réfugier. L’art, ce grand flatteur, ce chercheur complaisant de consolations pour les gens trop heureux, a traversé une suite ininterrompue de bergeries. Et sous ce titre, Histoire des bergeries, j’ai souvent désiré de faire un livre où j’aurais passé en revue tous ces rêves champêtres dont les hautes classes se sont nourries avec passion. J’aurais suivi leurs modifications toujours en rapport inverse de la dépravation des moeurs, et se faisant pures et sentimentales d’autant plus que la société était corrompue et impudente. »

Avatar ne serait donc qu’une vulgaire bergerie? Il semblerait… à ceci près que ce film amorce, pour le coup, une réelle révolution, non plus dans les progrès de la réalité virtuelle ou que sais-je, mais dans la localisation, acceptée par l’imaginaire collectif, de cette bergerie du XXIe siècle dont les « hautes classes » – entendez, comme l’explique George Sand, « ceux qui ne vivent que de la vie factice », en opposition à « l’homme primitif »- ont d’autant plus besoin qu’elles ont conscience plus que jamais de la dépravation des moeurs et de la corruption de la société. Car à cette prise de conscience là s’en ajoute une autre : celle de l’état pour le moins désastreux de la planète qui, pour le moment, est encore la seule sur laquelle il nous est envisageable de vivre.

Avec Avatar, nous venons de transférer sur une autre planète un idéal pastoral qui ne nous semble même plus imaginable sur Terre, ou du moins (l’action se déroule au XXIIe siècle) qui ne le sera plus dans un futur très proche. Par ce constat sensiblement défaitiste (la Terre n’est pas encore fichue mais le sera inévitablement), Avatar dénonce l’absurdité d’un système qui épuise tant les ressources de la Terre que l’humanité ne trouvera son salut qu’en la quittant pour Pandora, planète vierge à l’origine uniquement destinée à pourvoir, grâce à la richesse minérale de son sol, à ces « besoins » même qui ont amené les hommes à faire de la Terre un endroit presque invivable !

Le défaitisme empêchant d’imaginer, après les dégâts provoqués par cette euphorie qui semble apparaître lors de la révolution industrielle, le retour possible de bergeries sur Terre se double donc d’une lucidité qui ne peut que se résoudre à constater que la majeure partie des gens se trouve toujours dans cet état d’euphorie menant à une exploitation toujours plus poussée des ressources.

En revanche, là où le scénario n’a plus rien de révolutionnaire, c’est lorsque finalement l’improbable prend le dessus : les gentils sauvages gagnent, avec l’aide de la Nature ; on s’attend presque à voir débarquer lapins, mésanges et ratons laveurs prêts à passer le balai et à faire la vaisselle. Et ce dénouement pourtant pas si prévisible (come on, James, t’as pas eu autant de scrupules quand il s’est agit de faire mourir Léonardo alors que je n’avais que 10 ans !) ne confirme qu’une chose : elle n’est pas près de nous quitter, cette fâcheuse tendance à consacrer notre hémisphère gauche à chercher sans cesse des solutions pour améliorer toujours plus notre maïtrise de la nature, et à rêver de l’autre de nous enfuir un jour dans une bergerie.

Par Amandine

5 commentaires »

  • Fanny dit :

    je suis assez d’accord avec toi ma chère cousine. Toutefois heureusement que les couleurs vives, que la multitude de détails est là pour faire oublier une histoire (trop) simplement manichéenne.
    Finalement on prend les mêmes ingrédients et on recommence. La lutte des gentils Navi contre les méchants Américains. Qui gagne? Les gentils pour qui nous avons de la compassion.
    J’admire l’imagination de Cameron, la vision écologique de son film et les espèces de petits poulpes volant dans l’air.
    Je me rappelle ta tristesse lorsque tu as compris que Leonardo ne survivrait pas, dans Titanic.
    Ton site est très bien. Je t’embrasse fort.

  • Renaud dit :

    Pocahontas+Bleu+3D = Avatar

    Ton site est très bien. Je t’embrasse fort.

  • Amandine (author) dit :

    Merci, je tiens à souligner la gentillesse de ces deux phrases, et à vous demander à tous de dès lors conclure vos commentaires ainsi.
    Je vous embrasse fort.

  • Vallenain dit :

    Et ben… pas mal du tout cet article, quoique je m’attendais plus à une critique (objective s’entend) du film, mais c’est que ce n’est pas vraiment le site adéquat pour les critiques de film.

    Enfin, reste que pour Avatar, c’est bien loin d’avoir provoqué cette euphorie si médiatisée, le 3D c’est à voir, Avatar était à voir, mais typiquement, ceux qui l’ont vu en 2D ont a mon avis tout loupé… Un scénar des plus basiques (vous m’excuserez mais là, pour discréditer la cause écologique, on fait difficilement mieux, s’ajoutent bien entendu la petite recette magique hollywoodienne : guerre, histoire d’amour impossible, etc. etc.
    Il n’y a bien que les romanciers qui savent admirablement orchestrer ces thèmes autour d’une histoire cohérente (et encore pas toujours!)

    Je n’y ai vu aucune bergerie moi, aucun espoir de trouver mieux ailleurs, je n’y ai vu que la légèreté de l’être humain qui a l’air de prendre un malin plaisir à s’amuser avec des thèmes qui devraient plus le préoccuper que de claquer des millions pour en faire un green love 3D story…

    Oui je peux paraitre un peu pessimiste, un peu anti cinéma hollywoodien, mais je m’en fiche, je suis pas persuadé qu’Avatar soit moralement très bon…

    ValLeNain

  • Vallenain dit :

    (Par contre je tiens à préciser que j’ai été bluffé par les décors, du point de vue graphisme, Pandora est une merveille, le jeu de couleurs m’en a réellement mis plein les yeux!)

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